CAHIERS DE L’ACADÉMIE

DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES

DE LANGUEDOC

 

 

 

 

 

NOUVELLE SÉRIE, numéro 14, ANNÉE 2008

 

Sommaire

 

Éditorial du Secrétaire perpétuel

Le docteur Jean-François Bon nous a quittés

 

La séance académique d’Automne

Installation de M. le Professeur Jean Barthe

Les Prix scientifiques 2007

Accueil des membres honoris causa

 

Les vœux 2008 du maire de Toulouse

 

 

 

Nous présentons à chacune et à chacun d’entre vous nos vœux les plus cordiaux pour une bonne, belle et heureuse année 2008.

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ÉDITORIAL DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL

 

 

Des gens de peu, suite.

        

Dans la dernière livraison de ces Cahiers, je vous avais entretenu de deux personnages qui ont marqué mon imaginaire : « Crabe nègre » et Ferdinand Lurel. Certains d’entre vous ont bien voulu s’intéresser à ces évocations. Ils m’ont demandé de fouiller dans ma mémoire pour compléter cette galerie de portraits. Je me suis livré à cet exercice périlleux : c’est donc d’Henri Verdier que je souhaiterais vous parler cette fois.

Henri était célibataire de son état. Il habitait avec ses parents une petite maison au hameau de Travail, non loin du Pech du Pauvre Homme. Pour subvenir à ses besoins, il louait sa force de travail et, pendant une dizaine d’années, il avait « tenu le bouc », ce qui lui permettait de voir les uns ou les autres sur sa colline. De là il dominait la situation et bénéficiait  d’une vue plongeante sur la vallée de la Dordogne et sur la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse.

Peu avant sa mort il me raconta que, par mesure d’économie il était, lors d’un voyage, descendu à la gare de Souillac et avait parcouru à pied les 3 km qui le séparaient de son domicile. Mais il y eut un problème : ses chaussures, trop petites, lui avaient mis les pieds en sang. Durant sa marche forcée, il se rappelait avec nostalgie les temps heureux où il le train s’arrêtait à Mareuil, à quelques pas de chez lui. D’où sa demande, renouvelée plusieurs fois : « Toi qui as le bras long, tu devrais faire arrêter le train dans cette station. » J’avais beau lui expliquer qu’une telle décision ne serait guère rentable, il n‘en croyait rien et essayait de me convaincre.

Henri aimait bien ma compagnie. J’essayais, à mon tour, de lui témoigner ma confiance. C’est ainsi qu’organisant les colloques francophones du canton de Payrac, je me suis rendu à Travail pour l’inviter à notre repas champêtre, aux Cassagnes, dans mon village natal de Nadaillac-de-Rouge.

Avec beaucoup de précautions il déclina l’invitation, prétextant qu’il s’agissait d’une réunion de « manches longues » - autrement dit : d’intellectuels - où il n’avait pas sa place. J’essayai bien de le faire revenir su sa décision, mais rien n’y fit.

L’année suivante, je m’y pris autrement. Conscient que son activité favorite était la fabrication d’épouvantails, je l’invitai à en présenter une collection à Loupiac. Il s’acquitta de cette tâche avec beaucoup de savoir-faire et de zèle. Aux visiteurs il donna toutes les précisions nécessaires, révélant qu’il fallait deux heures pour fabriquer un épouvantail digne de ce nom, ajoutant qu’il convenait de le renouveler régulièrement s’il était destiné à éloigner les oiseaux, par exemple d’un cerisier, sinon ceux-ci s’habituent et n’ont plus peur.

Ceux qui me connaissent savent que je voyage beaucoup. Dès que les vacances arrivaient, Henri me demandait de « monter » le voir ; je le faisais avec plaisir, car il avait fait du coin qu’il habitait un lieu extraordinaire. Outre les épouvantails colorés, souriants et sympathiques, on pouvait découvrir dans son jardin, aux alentours de la Toussaint, des citrouilles ventrues, marquées de ses initiales. Il refusa toujours de me dire pourquoi.

J’aimais bien aussi me mettre à l’ombre sous un vénérable chêne, vieux de plusieurs siècles. Un  jour, au détour d’une conversation, il m’expliqua qu’il l’avait sauvé au péril de sa vie. Le docteur Bernard Pons, devenu ministre de l’Agriculture, n’avait rien trouvé de mieux que de dénuder mos collines couvertes de chênes rabougris pour y planter des feuillus. Il fallut donc, dans un premier temps, déboiser. De grosses machines au bruit assourdissant arrivèrent donc à Travail, pour, tel Attila, arracher, concasser et broyer tout sur leur passage. Tout à coup, un  engin se présenta devant « notre » chêne. Henri montait la garde. Bien lui en prit. Que croyez-vous, en effet, que le conducteur du  bulldozer avait en tête ? Faire place nette et arracher le chêne qui, peut-être, avait connu les druides et leurs faucilles d’or, et à l’ombre duquel plusieurs lignées de la famille Verdier avaient pris un repas bienfaisant ! Alors Henri, n’écoutant que son courage et son cœur, lança au conducteur : « Si vous arrachez l’arbre, vous m’emporterez avec lui ! » Et comme sur la place Tien-an-men, face à l’étudiant aux mains nues, le bulldozer changea de direction. Le chêne était sauvé. J’ai souvent pensé qu’Henri Verdier, ce jour-là, avait mérité une distinction qu’il ne reçut jamais !

Ce qu’il réclamait, en revanche, c’était que je lui en dise le plus possible sur ces contrées lointaines qu’il m’était donné de visiter. Près de sa pendule, il avait, à l’aide de quatre punaises, placardé le planisphère où il suivait mes pérégrinations. Ce qui l’intéressait par-dessus tout, c’est que je lui dise à quoi pouvait bien ressembler les nuages qu’il ne cessait de contempler et même d’interroger de sa demeure de Travail.

Henri s’en est allé, emportant avec lui ses mystères, ses histoires de Drac et de sorcières. Il est parti sans faire de bruit, bénéficiant seulement des soins de sa cousine et de ses voisins. Il nous a quittés heureux, même s’il avait vécu dans le dénuement. Sa maison ne lui appartint jamais, ni le vieux chêne. Il fut le dernier du village à obtenir l’électricité et l’eau courante. Pour disposer d’un chemin goudronné, il dut jouer habilement lors de plusieurs élections municipales. Aujourd’hui, une tombe creusée à même la terre témoigne d’une existence simple aux côtés de ses parents Martin et Marie, dont les noms ont été pieusement gravés sur une plaque par la parente au grand cœur. Elle aurait pu aussi inscrire cette épitaphe : « Ci-gît Henri de Travail, mort aussi simplement qu’il avait vécu. »

 

Edmond JOUVE

 

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Notre Secrétaire perpétuel Edmond Jouve vient de perdre sa maman. Dans le prochain Cahier l’éditorial reproduira le mot d’adieu qu’il lui a consacré. Dès maintenant, nous lui présentons nos affectueuses condoléances.

 

 

 

 

LE Dr JEAN-FRANCOIS BON NOUS A QUITTÉS.

 

 

Après des études menées au gré des affectations de son père, officier de gendarmerie, à  Angoulême, à Pau, puis à Toulouse, Jean-François Bon s’était inscrit à la faculté de médecine. Reçu dès la première année au concours de l’École du service de Santé des Armées, il allait poursuivre sa formation à Lyon, puis à Bordeaux et enfin à Marseille, où, ayant choisi de servir outre-mer, il devait acquérir une spécialisation en médecine tropicale. Ce fut un premier poste à Madagascar, où il demeura deux ans et demi. Revenu en France, il passe les concours hospitaliers pour devenir d’abord assistant à l’hôpital de Brazzaville, puis médecin des hôpitaux à Alger et enfin à Saigon. Profitant de ses séjours en métropole, à Marseille et à Paris, il se forme en cardiologie. En 1973, à quarante-trois ans, il quitte l’armée et entame une carrière de cardiologue à l’hôpital de Bligny en Essonne, où il va exercer jusqu’en 1995. Il se consacrera alors, grâce à des études à l’université de Paris, à exercer en libéral une activité dans le domaine de la psychologie, ou, plus précisément, de la « médecine comportementale ».

Dès sa plus tendre enfance, Jean-François Bon s’était senti harcelé par un appétit, une exigence de beauté. Il avait eu la chance de naître au pays du soleil, à Roquebrune-Cap Martin où sa mère était institutrice. Or père et mère sont tous deux pyrénéens et ses jeunes années vont courir dans la montagne. La chance de goûter la liberté des grands espaces semble lui conférer comme un sentiment de responsabilité, celui d’être porteur, autour de lui, d’un message de paix et d’harmonie. A Pau, il va découvrir le théâtre, en spectateur mais aussi parfois en acteur. Il éprouvera un vrai bonheur, celui de partager ses émotions et ses enthousiasmes.
          Nous le voyons, à travers ses écrits, « à l’affût, cherchant à tout voir, tout capter, tout absorber comme un affamé. Il avait, nous dit-il, l’impression d’ouvrir un dialogue avec chaque être rencontré, d’échanger avec lui un langage secret qui, au-delà des banalités, parlait des choses essentielles.

Son affectation à Saigon, qui l’entraîne au cœur des atrocités de la guerre, est vécue comme une aventure formidable, où il va pouvoir se donner avec passion, sans mesure. Si on lui avait demandé la raison de ses efforts, il aurait répondu qu’étant heureux dans ce pays, au milieu de ce peuple, il éprouvait de la joie à se rendre utile et à soulager des peines. Il lui arrivait, la nuit venue, de retourner dans son service. Il se glissait entre les corps allongés, immobiles ; il apercevait ici et là la quête d’un regard qui le suivait dans un demi sommeil bercé par le frôlement des éventails. Il lui semblait, marchant ainsi entre ces êtres qui veillaient en rêvant, entrer dans leur rêve comme un génie bienfaisant venu les secourir. »   
        Anesthésiste, Mme Madeleine Bon a été l’associée de son mari dans toutes les épreuves, dans toutes les douleurs à soigner et à guérir. Éprise comme lui de théâtre, de concerts, d’expositions, sa fringale d’art et de beauté n’a d’égale que celle de son époux. La retraite « officielle » semblait devoir leur permettre, à Toulouse, où leur fils, préhistorien, est maître de conférence à l’université, d’être totalement disponibles, aux autres, et à leurs chères passions. L’Académie, où il avait été installé au fauteuil 32, et les rencontres qu’elle facilite étaient considérées par eux comme une des chances de cette retraite. Sa dernière présence chez nous avait été consacrée, lors de la séance de printemps, à la lecture du discours de Charles Mouly à Mme Marie Rouanet (photo).

Jean-François Bon, disparu le 10 décembre, a  honoré l’Académie ; pour elle comme pour ses nombreux amis, son souvenir reste inoubliable. Nous sommes heureux de conserver avec Mme Bon et sa famille des liens de profonde affection.

Georges Hacquard

 

Notre confrère Raymond Guitard qui représentait l’Académie aux obsèques du docteur Bon à Toulouse  nous en a adressé le compte rendu suivant.

Le vendredi 14 décembre dernier, le brouillard qui régnait sur Toulouse ne s’est pas dissipé de la journée. Mais le domicile de M. Bon étant presque en face de la cathédrale Saint-Étienne, le mauvais temps n’a pas empêché le cortège d’arriver à l’heure prévue. Avec sa famille, de nombreux  amis étaient venus rendre un dernier hommage à notre confrère.

Ce fut une cérémonie très touchante, car sur des textes écrits par lui furent lus d’émouvants messages, et ses petits-enfants vinrent, à la fin de la cérémonie, dire à leur tour leurs pensées très affectueuses à leur grand-père.

Au moment de nous quitter, j’ai pu dire à son épouse et à sa famille qu’outre mes relations personnelles avec leur défunt, je représentais l’Académie qui l’avait choisi et qui avait été heureuse de compter parmi ses membres un homme qui avait apporté « aux autres » non seulement ses soins et ses conseils, mais un enrichissement spirituel dont sa discrétion dissimulait l’ampleur. Sur le cercueil avaient été déposés, parmi ses diverses distinctions, le collier et la médaille de l’Académie.

Nous nous sommes séparés, comme si c’était un membre de la famille de chacun d’entre nous qui venait de nous quitter. Dans la cour de la cathédrale il faisait plus froid que lorsque nous étions arrivés.

Raymond GUITARD

 

L’inhumation a eu lieu dans le caveau de famille, au cimetière d’Échandelys (Puy-de-Dôme).

 

 

 

NE SOUFFRE PAS DE SOIF…

 

Ne souffre pas de soif auprès, de la fontaine,

Écoute l’harmonie, vois comme tout s’ordonne,

Et le chant de l’oiseau qui traverse la plaine

Répond au carillon qui au lointain résonne.

Ne souffre pas de soif auprès de la fontaine,

Vois l’eau sortir du roc, vois comme elle se donne

Et vient baiser tes pieds pour soulager ta peine.

Regrettes-tu le temps où la Nymphe en personne

Présidait en ces lieux et, belle souveraine,

Accueillait en riant les hommages des hommes ?

Cherche bien sur le sable, écoute dans les bois,

Tu trouveras sa trace et entendras sa voix.

 

 

EXISTER

 

Faites, mon Dieu, que ma joie soit entière,

Que pas une pensée à l’action délétère,

Pas un regret, pas un soupçon

Ne ternisse l’instant que nous partagerons.

Il n’y aura sur terre arrivée ni départ

Qui ne seront que mots sans importance aucune,

Il y aura le trait d’un chemin sous la lune

Comme une grande laie qui ne va nulle part.

Nous existerons sans devoir rien à personne,

Pour le seul plaisir, parce qu’on nous fit un jour

Avec des yeux, des mains, un esprit qui raisonne

Et, tout au fond de l’âme, un grand désir d’amour.

 

Jean-François BON.

 

 

 

 

 

 

LA SÉANCE ACADÉMIQUE D’AUTOMNE

14 décembre 2007

 

 

La traditionnelle séance académique d’automne s’est tenue au palais du Luxembourg le vendredi 14 décembre 2007. Elle était présidée par M. Henri Hude, qui a été présenté par notre  confrère M. Paul de Saint-Palais, en présence de Mme Simone Tauziède, présidente de l’Académie et de M. le professeur Edmond Jouve, secrétaire perpétuel.

 

 

Accueil de M. Henri Hude, président de séance, par M. Paul de Saint-Palais.

 

Réfléchissant aux mots que j’allais prononcer pour accueillir notre président de ce soir, il me souvint d’une savoureuse discussion entre l’auteur d’un petit ouvrage intitulé Mon testament philosophique, dans lequel il raconte son propre enterrement, et un de ses disciples qu’il remarqua dans l’assistance émue. Se rapprochant de lui, il l’entendit dire : « C’est lui qui m’a appris à écrire. Je lui avait offert un de mes livres, il l’a lu, comme il savait lire : d’abord sous l’oreiller, puis au hasard et, si possible, en commençant par la fin. Je l’ai revu peu après. Il avait devant lui le livre grand ouvert, la couverture brisée. Il m’a lancé : « Avec quoi écrivez-vous ? » Un peu décontenancé, je ris. « Maître, comme vous, je suppose, avec une plume. » Il reprend : « Cela se sent quand on vous lit. Vous n’y connaissez rien. Sachez qu’on n’écrit pas avec une plume, mais avec une corbeille à papier. » Puis s’ensuivent quelques considérations sur l’emploi des adjectifs et des adverbes et sur la syntaxe. Je lui demandai alors : « Vous pensez, Maître, que je ne serai jamais un bon écrivain ? – Au contraire, me dit-il, vous êtes capable du meilleur. »

L’interlocuteur du philosophe Jean Guitton, auteur dudit ouvrage, n’est autre, Madame la Présidente, Monsieur le Secrétaire perpétuel, mes chers confrères, mesdames, messieurs, n’est- autre, dis-je, que Henri Hude, ici présent.

Je n’aurai pas l’outrecuidance, mon cher Henri, de vous demander combien de plumes ou de corbeilles à papier vous avez usées, tant votre œuvre philosophique et littéraire est importante et profonde. Je vais, en quelques mots, essayer de vous présenter.

   Vous êtes né à Uzès, votre enfance s’est déroulée à Nîmes pendant dix ans, puis au Maroc, votre scolarité s’effectuant dans l’enseignement public et chez les Marianistes. Bachelier, vous êtes, comme on  dit chez nous, « monté à Paris », pour suivre, au lycée Louis-le-Grand, la préparation au concours de l’École normale supérieure, où vous serez brillamment reçu. Agrégé de philosophie, vous avez passé une année d’étude aux États-Unis, au Amherst College.

De retour en France, vous êtes professeur en classes préparatoires aux grandes écoles, d’abord dans l’enseignement public, puis, et pendant dix ans, au lycée-collège Stanislas, où vous serez chargé de la direction durant quatre ans. Pendant cette période, vous donnez aussi des cours à l’université du Latran. Un doctorat de philosophie complétera vos titres universitaires.

Entre-temps, vous avez rencontré Claire, qui vous a enraciné dans le Tarn, à Lempaut, petite ville au pied de la montagne Noire, où vous passez vos vacances avec les quatre garçons qu’elle vous a donnés.

Quittant Stanislas, vous passez à l’université de Marne-la-Vallée, où vous enseignez l’éthique des affaires, et rapidement vous êtes amené à étendre cet enseignement à la formation des élèves officiers de Saint-Cyr-Coëtquidan. L’importance de cette discipline, semble-t-il nouvelle pour les militaires, élargit votre champ d’activité vers les officiers supérieurs, non  seulement en France mais aussi à l’étranger. Vous devenez directeur du pôle Éthique et Déontologie du centre de recherches de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan.  Vous êtes chargé de recherche, de

formation des formateurs, vous êtes chargé de faire réfléchir sur la moral et le moral. Vous participez de ce fait à des séminaires et à des journées internationales, axés sur la formation au commandement.

Parallèlement à vos activités d’enseignant, vous avez écrit. Tout d’abord, un Bergson en deux tomes, couronné par l’Académie française. Puis : Prolégomènes, introduction  à la responsabilité philosop)jhique ; c’est ensuite l’édition en quatre volumes des cours de Bergson (Leçons de psychologie et de métaphyique ; Leçons d’esthétique à Clermont-Ferrand ; Leçons d’histoire de la philosophie à Clermont-Ferrand ; Cours sur la philosophie grecque). Vous poursuivez avec Éthique et Politique ; Philosophie de la prospérité ; Marché et solidarité ; Croissance et Liberté . Vous participez à l’élaboration de Mon testament philosophique de Jean Guitton. Enfin, votre Éthique des décideurs vous vaut le Prix Montyon 2005.

Copieuse production, tout imprégnée de la pensée de vos Maîtres : Jean Guitton, dont on  peut dire que vous êtes le fils spirituel, Henri Bergson et Aristote, dont vous avez remis en valeur, dans votre ouvrage L’Éthique des décideurs, la trilogie Érôs-Philia-Agapè, que j’oserais traduire par Amour-Amitié-Dilection, et que tout responsable devait avoir à l’esprit au moment de prendre une décision.

Vous allez donc nous faire l’honneur, mon cher Henri, de présider notre traditionnelle séance d’automne et vous verrez que nous savons pratiquer ici la philia, cette amitié transcendée par le culte du beau, du bien et du vrai, en matière d’Arts, Lettres et Sciences.

 

 

M. Henri Hude remercie M. de Saint-Palais et répond par un brillant propos autour de l’ouvrage Le Rire, d’Henri Bergson.

Il donne ensuite la parole à M. Gui Portal, qui a organisé la séance académique et en sera l’excellent animateur.

Successivement, se dérouleront l’installation de M. le professeur Jean Barthe au fauteuil n°16, la proclamation du palmarès des Prix scientifiques 2007 et la cérémonie d’attribution du titre de membre honoris causa à quatre physiciens allemands.


Installation du professeur Jean Barthe au fauteuil n° 16

 

M. Jean Barthe, professeur à l’INSTN, directeur de recherches au CEA, est présenté par son parrain Gui Portal, titulaire du fauteuil 33. Le Pr Barthe sera adoubé par la Présidente de l’Académie, Mme Simone Tauziède, et par le Secrétaire perpétuel, le Pr Edmond Jouve

 

Présentation par Gui Portal,

 

  Cher Jean, nous avons trop longtemps travaillé ensemble pour que je fasse semblant de te vouvoyer aujourd’hui ; j’en suis tout à fait incapable. C’est donc, un peu en contradiction avec les us et coutumes de notre académie, que je me permettrai de te tutoyer.

  Tu es un vrai Languedocien puisque tu as vu le jour un 14 janvier 1944 à Toulouse. Ta mère, pharmacienne, t’avait administré la potion magique qui te fit brillamment réussir tes études jusqu’au doctorat ès sciences qui t’ouvrit la voie au professorat en pharmacie et à la recherche en physique à l’Université Paul-Sabatier de Toulouse auprès du Pr Daniel Blanc.

En 1981, tu fus détaché au CEA, à Fontenay-aux-Roses, pour m’assister dans mes recherches. Tu as ainsi très largement contribué à l’expansion du service et aux succès de nos laboratoires qui étaient situés à Cadarache, à Pierrelatte et à Fontenay et dans lesquels ont été mises au point les techniques modernes de dosimétrie des rayonnements nucléaires appliquées à la radioprotection et à la radiothérapie. Si, au sein du laboratoire de Fontenay-aux-Roses régnait entre tous les chercheurs une atmosphère de sympathie et d’amitié, je peux dire que tu y as largement participé. Tu es fidèlement resté à mes côtés jusqu’à mon départ du service (l’âge de la retraite était imminent). Tu as toi-même souhaité quitter le service et tu as migré au Centre de Recherches nucléaires de Saclay (CEA) pour y assister le chef de département d’instrumentation et de métrologie des rayonnements ionisants, lui apportant ainsi une longue expérience en la matière.

Directeur de recherche, tu as parallèlement intensifié ta passion pour l’enseignement : à l’Université Paul-Sabatier de Toulouse, à Sophia Antipolis près de Nice et à l’Institut national des Sciences et Techniques nucléaires de Saclay. Tu es l’auteur de nombreuses publications internationales et brevets, tu as été rapporteur et directeur de nombreuses thèses. Je rappellerai pour mémoire que tu es actuellement directeur de thèse de notre dernière lauréate 2006 de la médaille Marie-Curie « Master ». Tu es rapporteur de nombreuses revues scientifiques françaises et internationales.

Européen de longue date, tu es à l’origine du grand programme européen de recherche MAESTRO sur la lutte contre le cancer par les techniques de radiothérapie, doté d’un budget de 10 M€. Tu étais encore récemment membre de l’EURADOS, association européenne de dosimétrie, dont nous accueillerons tout à l’heure, comme membre honoris causa, l’ancien président fondateur, le professeur Günther Dietze.

Expert international, tu participes encore aux travaux des plus grandes institutions : ISO (Organisation internationale de normalisation), CEI (Comité international d’électrotechnique), OMS (Office mondial de la Santé), CCE (Commission des communautés européennes), etc.

Tu es ancien président des LARD (Laboratoires associés en Radiophysique et en Dosimétrie, que je connais également fort bien puisque tu avais pris ma succession) et de la FIRAM (association Francophone pour la diffusion des codes de calcul de l’Interaction RAyonnement Matière).

Tu vas rejoindre prochainement et progressivement la cohorte des retraités. Je sais que cela ne fera que prolonger ta brillante carrière car tu n’es pas de ceux qui baissent les bras. Si j’ai personnellement proposé que tu sois membre de notre académie, c’est que je souhaite que tu rejoignes le professeur Isabelle Berry, le professeur André Allisy et le professeur Jean Chavaudra pour y perpétuer l’organisation des prix scientifiques. Voici plus de quinze ans que j’en assume personnellement la responsabilité ; il faut maintenant que les éléments les plus jeunes s‘apprêtent à prendre le relais. Je suis de ceux qui savent s’effacer au moment opportun. Je compte sur les plus jeunes d’entre nous pour apporter des idées nouvelles et prendre en main, à court terme, l’organisation de nos prix.

Madame la Présidente, monsieur le Secrétaire perpétuel, je vous confie notre nouveau membre pour l’accueillir au fauteuil N° 16 de notre académie.

 

Réponse du Professeur Jean Barthe

 

Madame la Présidente, monsieur le Secrétaire perpétuel, mesdames et messieurs les Académiciens, mesdames et messieurs, c’est pour moi un très grand honneur d’avoir été choisi pour siéger dans cette noble Académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc. Vous m’avez proposé le fauteuil numéro 16. Ce nombre est pour moi tout un symbole. En informatique, 16 s’écrit « F ». On parle de processeurs et de logiciels 16 bits, 16 enfin est le casse tête de Bill Gate vis-à-vis des 32 et 64 bits !

Comme Gui Portal vous l’a dit, je suis toulousain expatrié en Île-de-France. J’ai fait mes premières armes en recherche, au Centre de Physique atomique de Toulouse, avec le professeur Daniel Blanc, dont je regrette beaucoup l’absence. Quelques années plus tard, Gui Portal, ici présent, bien connu de vous tous et dont je n’oserai faire un éloge plagiaire, m’a importé au CEA, et plus précisément à l’IPSN de Fontenay-aux-Roses. J’ai ainsi pu, pendant plusieurs années, parfaire et compléter mes connaissances sur les effets des rayonnements, connaissances qui me sont actuellement très utiles pour ne pas dire capitales.

Plus tard, peu après son départ pour une retraite plus qu’active (il en est ici la preuve vivante), j’ai quitté le centre de Fontenay pour celui de Saclay où à mon arrivée j’ai été nommé assistant scientifique. L’un de mes rôles était de conseiller le chef de département pour la mesure des rayonnements, tant pour la radioprotection, que la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire et la stérilisation.

Peu de temps après, j’ai été nommé directeur de recherche. Ma spécialisation en mesure de la dose de rayonnement, discipline que l’on appelle aussi dosimétrie, a pris une tournure imprévue et connexe à la médecine, avec l’obtention du projet européen MAESTRO sur la radiothérapie dont Gui vous a déjà brièvement parlé. Ce projet a été l’élément déclencheur de nouvelles recherches avec l’Agence nationale de la Recherche, les pôles de compétitivité nationaux et la région Île-de-France.

Je tiens à préciser également que l’un des dénominateurs commun de cette recherche est une petite société industrielle francilienne dont le PDG, qui est un ami de longue date, a également été un élève du professeur Blanc.

J’ai enfin le plaisir, avec mon accent assurément sudiste, que personne n’en doute, d’enseigner aux futurs physiciens d’hôpital dont la qualité du travail est l’un des facteurs clef de la guérison du malade, faut-il encore qu’on leur en donne les moyens !

Je suis sûr que l’innovation est l’axe majeur nécessaire pour le développement des futurs matériels de radiothérapie afin de lutter plus efficacement contre le cancer qui peut du jour au lendemain nous affecter tous autant que nous sommes.

Enfin, je suis extrêmement heureux de retrouver de grands amis tant du présent que du passé, scientifiques mondialement connus, qui ont bercé mes premiers pas en recherche.

Je citerai tout d’abord nos honorables membres de l’académie :

- Le professeur Allisy, l’un des rares présidents français de la CIUR (Commission internationale des Grandeurs et Unités radiologiques), une grande institution mondiale.

- Le professeur Jean Chavaudra, grand érudit, avec qui j’aime beaucoup parler, non seulement de radiophysique, mais également de toutes les disciplines de la physique.

- Madame le professeur Isabelle Berry, dont le cours de dosimétrie qu’elle m’a confié pour nos futurs physiciens médicaux, a hanté mes nuits.

Mais, très ému je n’oublierai également jamais :

- Le docteur Heinz Seguin, alors coordonnateur EURATOM et membre du jury de ma thèse d’État, dont je me rappelle encore les mémorables soirées des cakes au Sancerre blanc !

- Les professeurs Siegfried Wagner et Günther Dietze de la PTB (Institut allemand de Physique et de Métrologie), de Brunswick, acronyme dont mon allemand déficient m’interdit de tenter d’en prononcer à voix haute la signification réelle.

- Le professeur Albrecht Kellerer, très grand spécialiste de la microdosimétrie qui fut une de mes passions avec notre regretté professeur Harald Rossi.

Mais je parle trop, mon épouse me le dit toujours, mais peut-on se refaire ?

Madame la Présidente, Monsieur le Secrétaire perpétuel, Mesdames et Messieurs les Académiciens, mesdames et messieurs, je vous remercie très sincèrement pour votre attention.

 

oOo

 

Le Professeur Gui Portal, responsable de l’organisation des Prix scientifiques, donne connaissance du palmarès 2007.

 

Palmarès 2007

 

 

Le Pr Isabelle Berry remet le prix Marie-Curie au major de sa promotion, Sébastien Siméon.


Prix étudiants.- Prix Marie-Curie « Master ».

 

Décerné au major de la promotion 2007 du Master de Physique radiologique et médicale de l’Université Paul-Sabatier de Toulouse. Le Pr Isabelle Berry, directrice de la formation à l’Université Paul-Sabatier a présente le lauréat, Sébastien Siméon, et lui a remis la médaille et le diplôme. Ce prix étant, cette année, « sponsorisé» par les Laboratoires associés en Radioprotection et en Dosimétrie (LARD ), le représentant de cette association, le Pr Michel Terrissol, a remis un chèque de 400 € au lauréat.

 

Prix étudiants.- Prix Marie-Curie « INSTN-DQPRM ».

           

Décerné au major de la promotion 2007 du Diplôme de Qualification de Physique radiologique et médicale (DQPRM). Les responsables de la formation à l’INSTN (le Pr Akli Hammadi, le Pr Bernard Aubert et madame Amélie Roué) ont remis aux deux lauréats, Yves Barbotteau et David Gensanne, la médaille et le diplôme. Ce prix étant, cette année, « sponsorisé» par les Laboratoires associés en Radioprotection et en Dosimétrie (LARD), le représentant de cette association, le Pr Michel Terrissol, a remis un chèque de 600 € aux deux lauréats.

 

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Le Pr Akli Hammadi et le Pr Bernard Aubert, accompagnés de Mme Amélie Roué, de l’Institut national des Sciences et Techniques nucléaires de Saclay, remettent le prix aux deux majors de la promotion 2006-2007, Yves Barbotteau et David Gensanne

 

Prix Pierre et Marie-Curie.

 

Décerné au physicien médical choisi par ses pairs. La lauréate est madame Yolande Pétegnief. Le président de la Société française des Physiciens médicaux, M. Thierry Sarrazin, a présenté la lauréate et, avec le professeur Jean Chavaudra, lui a remis la médaille et le diplôme.                 
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Le professeur Jean Chavaudra et le président de la SFPM, le docteur Thierry Sarrazin, décernent le prix Pierre et Marie-Curie au docteur Yolande Pétegnief, physicienne médicale à la Pitié-Salpétrière.

 

Prix Pasteur

 

            Décerné au professeur Michel Terrissol, de l’Université Paul-Sabatier de Toulouse. Le Pr Isabelle Berry a présenté le lauréat et, avec le professeur Jean Barthe, lui a remis la médaille et le diplôme.

 

Présentation du professeur Michel Terrissol par le professeur Isabelle Berry.

 

Monsieur le Professeur et cher Michel, c’est un immense honneur que de te remettre la seconde édition du prix Pasteur, dernier né des prix scientifiques de l’Académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc, destiné à récompenser des travaux orientés vers les domaines de la médecine et de la biologie. Monsieur le Pr Morucci en avait été le lauréat l’an dernier à sa création et j’ai le plaisir de poursuivre dans la même thématique en remettant de nouveau cette année ce prix à un professeur ayant contribué à la formation universitaire des futurs radiophysiciens.

Toute ta carrière inscrite en Radioprotection et Radiobiologie a mis le progrès au service de la médecine et de la biologie et à chacune des étapes l’excellence et l’exigence en ont été les maîtres mots. Tu t’es très tôt orienté vers ces domaines car, M. le Pr Daniel Blanc le rappelait il y a peu, tu as été son étudiant en Physique atomique en maîtrise puis à son DEA (quelques années avant moi). Tu as ensuite intégré la Biophysique en Pharmacie l’Université Paul-Sabatier de Toulouse, où tu as par la suite fait pratiquement toute ta carrière.

 

 

Le Pr Isabelle Berry remettant le prix Pasteur au Pr Michel Terrissol

 

En parallèle de l’enseignement fait en Pharmacie, tu t’es beaucoup investi dans la formation que tu avais toi-même suivie et as pris en 1995, et ce jusqu’en septembre dernier, la co-responsabilité avec Bernard Aubert de l’option radiophysique du DEA RIM, devenu ensuite Master 2e année recherche. Tu y effectuais trente heures d’enseignement, très appréciées des étudiants et a encadré vingt-cinq stages, dont un des premiers fut précisément celui de Bernard Aubert ; en tout cas, le premier en physique médicale, co-encadré avec Jean Barthe.

En recherche, en débutant par l’étude des scintillateurs liquides très utilisés en médecine nucléaire, tu t’es spécialisé dans la modélisation du transport des rayonnements dans la matière et en est rapidement devenu un expert européen. Tu as contribué à la connaissance des effets biologiques des rayonnements et de leur risque d’induction de cancer d’une part et d’autre part tu t’es beaucoup impliqué dans le contrôle de qualité des codes de calcul de radioprotection et radiothérapie.

Au profil du CPAT (Centre de Physique atomique de Toulouse, centre des plasmas et applications de Toulouse) élargi récemment en Laplace, ton thème actuel de recherche en tant que professeur émérite est ainsi « l’élaboration d’un modèle biophysique pour étudier l’induction du cancer par les rayonnements à faible dose ».Ce modèle consiste à mettre au point la simulation sur ordinateur de l'évolution spatio-temporelle des dommages et espèces créés par des électrons et des photons de faible énergie dans la fibre chromosomique et son environnement. En plus des dommages directs subis par l'ADN et son enveloppe d'hydratation, la radiolyse de l'eau environnante entraîne la création de radicaux OH-, H-, et e-aq (électron aqueux), qui sont de puissants agents oxydants et réducteurs capables d'interagir avec les molécules biologiques et ce, en des temps variant de 10-15 seconde (temps de ralentissement de la particule primaire) à 10-6 seconde (début de l'équilibre chimique) puis quelques secondes et au-delà (apparition des lésions biologiques).

Ces modèles pour évaluer les risques des faibles doses pour l’homme viennent de trouver des applications dans le traitement du cancer : pour renforcer l’effet antitumoral de la bléomycine ou du cisplatine complexées avec des métaux. Par irradiation externe, une émission d’électrons Auger par l’atome métallique est provoquée, et ces électrons vont à leur tour casser les brins d’ADN. Les simulations servent de support pour la mise au point du traitement ; les résultats in-vitro servant à leur tour pour valider le modèle de calcul. Au cours de ces travaux tu as formé par la recherche dix-huit doctorants et a réalisé 110 publications auxquelles on peut ajouter une vingtaine de conférences invitées, ainsi qu’une trentaine de communications dans des congrès internationaux ou nationaux.

Tu t’es considérablement impliqué dans les activités d’intérêt collectif et sers de conseiller scientifique au Commissariat à l’Énergie atomique (CEA), à l’Agence internationale pour l’Énergie atomique (AIEA) et à l’International Commission on Radiations Units (ICRU), mais également dans le civil ton engagement est important puisque tu es maire de la commune de Mervilla.

Notre distinction a valeur de reconnaissance non seulement de ton mérite scientifique mais également de la rigueur et de l’exigence que tu as inculquées à tes étudiants et qui sont des valeurs-clés pour les futurs radiophysiciens.

 

 

Réponse du Pr Michel Terrissol

 

C'est pour moi un immense honneur de recevoir ce prix de l'Académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc, et j'en remercie ses initiateurs. Pour un Languedocien de racines que je suis, je dois humblement avouer que ce n'est pas en occitan que j'ai effectué tous mes cours ou leçons: c'était en bon français (bon, du moins je l'espère) ou plusieurs en anglais ; par contre, il paraît que j'ai bien l'accent et la tonalité occitanes. De plus je réside dans la commune de Mervilla, au sud de Toulouse, où l'on trouve la plus ancienne référence à l'Occitanie (gravée sur une tombe en 1603). Côté recherche, je dirai que c'est plutôt pire : sur la centaine de publications, plus des trois quarts l'étaient dans la langue de Shakespeare, deux ou trois dans celle de Goethe (eh oui !) et dans le reste pas une trace d'occitan !

            Le prix Pasteur ? Au départ quand Gui Portal m'a contacté, je me suis dit : « Quelle idée? Je ne suis pas près d'inventer un vaccin. » Louis Pasteur, bienfaiteur de l'humanité, était un physicien chimiste formidable expérimentateur, qui renouvelait sans cesse ses expériences jusqu'à trouver quelque chose dont il avait une idée au début. Je n'ai pas la prétention de me comparer à Pasteur, mais les méthodes de simulation que j'ai utilisées et développées permettent de renouveler une expérience à l'infini; je devrais dire plutôt, « faire faire à l'ordinateur une expérience ». Et si, du temps de Pasteur, on disait « expérience in vitro ou in vivo », pour les simulations sur ordinateur, on parle de nos jours d'expérience in silico. Si Pasteur avait eu un ordinateur... qu'est-ce qu'il nous aurait trouvé ?

            Je ne sais pas si c'est le hasard qui fait que c'est moi qui reçois ce prix aujourd'hui, mais je voudrais vous montrer que le hasard fait parfois bien (ou mal ?) les choses comme on dit. Je ne vais pas revenir sur les faits de ma carrière, habilement présentés par Isabelle il y a deux minutes, mais sur les circonstances qui m'y ont amené. C'était en 1965-66, pour clôturer une licence de Physique il me manquait un certificat optionnel. Comme je passais quelques soirées par semaine à jouer au bridge, je voulais choisir un enseignement qui n'avait pas trop d'heures matinales, et le choix tomba sur le certificat de Génie atomique, enseigné principalement par M. le Professeur Daniel Blanc (cette année-là devait être spéciale, car l'expérience montra que par la suite le Professeur Blanc faisait toujours cours le matin de bonne heure). Le hasard, et je peux me permettre de le souligner, faisait bien les choses. En effet à la fin de cette année-là, le Professeur Blanc demanda si le DEA, puis éventuellement une thèse en Physique atomique intéresserait quelqu'un, et surtout il proposait un financement. Allant me marier quelques mois après (août 1967), je posai ma candidature et quarante ans plus tard, je suis toujours dans ce même labo, qui se nommait Centre de Physique atomique.

J'évoquai le hasard, bien sûr, car très vite je me suis orienté vers l'utilisation scientifique des « nombres au hasard », supports de la méthode de Monte-Carlo, méthode « reine » pour la modélisation de l'interaction des radiations avec la matière. Et je me suis complu dans cette recherche de modélisation de plus en plus sophistiquée pour essayer de quantifier pour l'humain les risques dus à l'exposition aux rayonnements, sachant que toujours j'avais « mes nombres au hasard » pour m'épauler.

Voilà donc un petit condensé, partant du bridge où l'on distribue les cartes aléatoirement, où l'on joue en se basant sur les probabilités et les statistiques, au Monte-Carlo utilisant les probabilités d'interaction des particules et faisant un bilan statistique des événements, je pense avoir rendu au hasard ce qu'il m'a procuré grâce aux cours non matinaux cette année-là du Professeur Blanc.

 

Prix Becquerel

 

            Décerné au professeur Albrecht Kellerer, membre de la Commission internationale des Unités radiologiques (ICRU) de Washington. Professeur émérite allemand, le lauréat a été présenté et la médaille lui a été remise par l’ancien président de l’ICRU, le Pr André Allisy et le Pr Jean Chavaudra (photo).

 

Présentation du professeur Albrecht Kellerer par le professeur André Allisy

 

Très cher Albrecht, j'ai eu l'énorme privilège, tant dans ma vie familiale que dans ma vie professionnelle, de vivre et de travailler avec des personnes de grande intelligence parmi lesquelles vous occupez une place de choix.

Avant d'évoquer quelques souvenirs du chemin que nous avons parcouru ensemble pendant plus d'un quart de siècle permettez moi de donner à nos auditeurs de ce soir quelques éléments de votre vie professionnelle qui les aideront à mieux vous connaître.

A l'âge de trente-sept ans vous êtes nommé professeur de Radiobiologie à la Columbia University de New York, après avoir été professeur associé pendant sept ans. Trois ans plus tard, vous voilà professeur et directeur de l'Institut de Radiobiologie de l'Université de Würzburg. En 1995, vous rejoignez Münich, où votre père enseignait jadis la statistique, pour prendre la Direction des Instituts de Radiobiologie de la Ludwig-Maxillian Universität et de la Geselschaft für Strahlenforschung.

J'ai beaucoup utilisé le vocable de radiobiologie, mais que couvre-t-il donc pour le professeur et le chercheur Albrecht Kellerer : travaux fundamentaux en microdosimétrie, introduction de méthodes mathématiques modernes, biophysique théorique, radiobiologie cellulaire, radioépidemiologie, estimation du risque et je crains de ne pas être exhaustif. Je ne veux pas mentionner tous les organismes nationaux et internationaux dont vous êtes ou avez été membre, je citerai simplement la Commission internationale des unités de rayonnement (ICRU), la Commission internationale de radioprotection (ICRP) et la Strahlenschutz Kommission (SSK) allemande.

La Commission internationale des unités a été créée en 1925 sous les auspices du premier congrès international de radiologie réuni à Londres. La raison majeure qui a conduit à l'établissement de cette commission fut l'absence d'unité universellement reconnue pour le dosage du rayonnement utilisé dans les applications thérapeutiques du radium et des rayons X. A cette époque, en effet, plusieurs unités avaient été proposées et utilisées dans divers pays, mais aucune n'avait été acceptée internationalement. Un quart de siècle plus tard, toujours à Londres, la Commission a reconnu pour la première fois la nécessité de mesurer l'énergie délivrée par le rayonnement. Ce point de vue impliqua la création de nouvelles grandeurs physiques et donc de nouvelles unités.

En métrologie les choses avancent avec une sage lenteur. C'est donc après plusieurs années que la Commission s'est dotée d'un comité permanent dédié aux grandeurs et unités fundamentales. Ce comité était au centre des préoccupations de la Commission et ce centre avait un noyau qui s'appelait Harold Wyckoff, Harald Rossi, Albrecht Kellerer et André Allisy. Le regretté Jörg Müller s'est intégré plus tard très naturellement à ce groupe.

Ce n’est pas uniquement l'intérêt professionnel commun qui nous réunissait, c'était aussi une réelle amitié. Je pense souvent avec plaisir à nos discussions tous azimuts qui pouvaient aller de James Joyce à Kandinsky sans oublier le Trio de Ravel et Alkan.

Lorsque j'eus l'immense honneur d'être nommé président de la Commission en 1986, il coulait de source pour tout le monde que le seul vice-président envisageable était Albrecht Kellerer. Cette charge ne fut pas toujours une sinécure pour vous, en particulier lorsqu'en 1990, les médecins décidèrent, ô combien justement, de m'opérer d'urgence le premier jour de la réunion de notre Commission. Grâce à vous, Albrecht, mon absence ne causa aucun tort aux travaux de la Commission; je vous en remercie encore aujourd'hui.

Mais nous voici maintenant tout les deux dans les rangs de ceux que l'on appelle pudiquement les seniors. C'est pour les seniors qui ont oeuvré pour la communauté scientifique des physiciens des rayonnements que l’Académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc a eu la sympathique idée de créer le Prix Becquerel. Personne plus que vous ne méritait une telle distinction. Que cette médaille Becquerel vous accompagne dans votre parcours brillant et élégant à travers vos nombreux centres d'in-térêt, dans une vie heureuse aux côtés de votre charmante épouse et de vos enfants.

 

 

Réponse du professeur Albrecht Kellerer

 

 

C'est un grand plaisir d'avoir été présenté par le professeur Allisy. Ses paroles me rappellent des années de collaboration scientifique qui me sont chères. André avait la responsabilité de faire évoluer les grandeurs radiatives et leurs unités durant une période critique. Harald Rossi, notre ami commun, et moi-même avons toujours vu dans André, que nous admirions beaucoup, un représentant authentique de cette clarté scientifique, si typiquement française, mais également un représentant de la tradition historique qu’incarne le Bureau international des Poids et Mesures. André est aussi ouvert au travail international qui constitue la mission de l'ICRU – et d'ailleurs Gui Portal en a fait la devise de notre meeting cette année. Je suis personnellement touché par cet événement qui se veut témoin de la coopération scientifique franco-allemande, parce que, d'une part,    il évoque des années d'étroite collaboration qui sont au cœur de ma mémoire profession-nelle, et d'autre part c'est un des héros français de la science qui m'a le premier donné l'envie d'étudier la physique. En effet, encore adolescent j'avais découvert parmi les livres de mon père la traduction allemande du livre Matière et Lumière de Louis de Broglie. Je l’ai alors probablement très peu compris, et pourtant je l'ai lu comme un livre de science-fiction qui devint une source d'inspiration intarissable. Aujourd'hui je sais que - malgré sa clarté apparente - ce texte aborde les mystères les plus profonds de la mécanique quantique. Albert Einstein, qui avait également des doutes sur l'interprétation de Copenhague, dit à Langevin en 1924 que la thèse de De Broglie « avait levé un coin du grand rideau. » Pourrait-on faire un plus grand éloge à un scientifique?

En 1903 Becquerel accepta le prix Nobel conjointement avec Marie et Pierre Curie. A cette occasion le président de l'académie suédoise – se référant au couple – cita le vieux proverbe, Coniuncta valent, l'union fait la force. Et il ajouta : « Ce couple de savants forme une équipe internationale, un heureux présage pour l'Humanité unissant ses forces pour l’avancement de la science. » La même devise – et, comme je l'ai déjà mentionné, c'est aussi la devise de notre réunion cette année – s'appliquait également à Becquerel. Sa découverte de la radioactivité résultait d'une reprise d'idées franco-allemandes. Roentgen avait découvert par hasard les rayons X en 1895, hasard néanmoins appuyé par une grande curiosité scientifique. Un an plus tard en 1896, Becquerel usa de la même combinaison de chance et de curiosité pour, dans un premier temps, confondre radioactivité et rayons X, puis pour ensuite trouver la bonne interprétation. A la cérémonie du prix Nobel de 1903 le président de l'académie suédoise qualifia les résultats de Becquerel d’ « exploration de la Nature par des rayons de génie traversant sans déflection l'immensité de l'espace. » Cette formulation enthousiaste exprime toute la force d’une passion scientifique qui, à ses meilleurs moments, a la beauté de l'art.

Je ne voudrais pas finir ces quelques remarques sans une référence aux aspects pragmatiques de notre recherche et à nos particularités nationales. Ceux d'entre nous qui ont participé à la quantification des risques des radiations ont été mêlés à une bataille idéologique incessante. Tout scientifique, français ou allemand, réalise le danger énorme posé par les armes nucléaires. Certains pensent que l'Humanité pourrait avoir des chances de survie plus grandes si elle n'avait pas trouvé la clef du noyau atomique. Mais une fois la clef trouvée, elle ne peut plus être jetée, dans l'espoir que personne ne la trouve et ne l'utilise. La réaction au danger peut être émotionnelle ou rationnelle, et la réaction émotionnelle paraît prédominante dans mon pays : les stigmates de l'arme nucléaire ont été transposés de manière irrationnelle à l'utilisation civile de l'énergie nucléaire. C'est ainsi que la peur de l’énergie nucléaire s'est profondément enracinée dans la société, peur qui a encore été amplifiée par la catastrophe de Tchernobyl et par des rapports très déformés sur ses conséquences pour la santé des populations.

 Des efforts ont été faits pour aider la population concernée et pour fournir des données épidémiologiques fiables ; l'initiative « franco-allemande Tchernobyl » en est un exemple. En Allemagne nous n'avons jamais eu de discussion rationnelle sur ce sujet. Mais il se trouve justement qu'un des principaux journaux nationaux, le Spiegel, a récemment - il y a deux semaines - publié pour la toute première fois une analyse critique de ces mésinterprétations. En France, l'attitude a toujours été plus pragmatique. Je suis certain que nos pays finiront à terme par tomber d'accord sur cette question épineuse, et ce peut-être dans un avenir proche. Dans ce monde si riche de merveilleuses promesses, mais aussi porteur des plus grands dangers, il ne fait aucun doute que nous avons besoin les uns des autres, en sciences comme en politique. Je suis heureux qu’il en soit ainsi, et je vous remercie de nous avoir invités, mes collègues allemands et moi-même.

 

 

 

 

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Honoris Causa de l’Académie

 

 

Sur la suggestion de Gui Portal, l’Académie a souhaité s’honorer en accueillant quatre membres honoris causa de nationalité allemande :

Monsieur Heinz Seguin, ancien physicien de la Commission des Communautés européennes.

Professeur Siegfried Wagner, ancien directeur du Laboratoire fédéral de recherche en dosimétrie au PTB de Brunswick

Professeur Günther Dietze, successeur du précédent.

Professeur Reinhard Nink, directeur de recherche au PTB de Berlin

 

Présentés par Gui Portal, ils se verront remettre les médailles et les diplômes par le secrétaire perpétuel Edmond Jouve et la présidente de l’Académie, Mme Simone Tauziède.

 

Introduction à la cérémonie « Honoris Causa »

par Gui Portal

 

            Aujourd’hui, je vous propose d’évoquer les liens professionnels qui unirent pendant une trentaine d’années des chercheurs allemands et français qui ont effectué, en collaboration étroite, des travaux de recherche pour la mise au point des moyens de mesure utilisés dans le domaine de l’énergie nucléaire et notamment dans celui des applications médicales.

A la fin des années 60, il était évident qu’au Commissariat à l’Énergie atomique (CEA) et à Fontenay-aux-Roses en particulier, les moyens que nous avions développés, un peu trop isolément, devaient être certifiés par comparaison avec ceux d’autres laboratoires. Il fallait donc, parallèlement au soutien que nous apportait le Pr André Allisy du Bureau international des Poids et Mesures pour les références fondamentales de rayonnement, nous associer à d’autres institutions pour le développement des techniques de mesure.

En Allemagne, la PTB (Physikalisch-Technische-Bundesanstalt), Institut fédéral de Physique et de Métrologie d’Allemagne, était un des instituts européens les plus en vue en la matière. Il disposait à cette époque de matériels remarquables et d’équipes de chercheurs compétents et expérimentés. Des laboratoires de cet institut étaient installés à Berlin et à Brunswick. C’est vers eux que nous souhaitions nous tourner.

A cette époque, la Commission des Communautés européennes (CCE) avait entrepris de réunir les laboratoires européens de dosimétrie pour tenter d’en homogénéiser les méthodes de mesure. Un physicien allemand, M. Heinz Seguin, chargé de mener cette action, nous permit de nouer des liens avec l’institut de Brunswick. En 1945, prisonnier de guerre, il avait effectué un « stage obligatoire » de plus de trois ans en Ardèche. Il avait redécouvert les terres de ses lointains ancêtres, d’où son patronyme, et avait gardé un excellent souvenir de ceux qui l’avaient accueilli et de la France.

Ayant repris ses études il obtint le diplôme de Physique de l’Université de Marburg (Philipps Universitat Marburg) en 1956. D’abord ingénieur chez Siemens, il entra ensuite à l’Euratom à Ispra, puis fut affecté à la Commission des Communautés européennes (CCE) au Luxembourg. C’est lui qui nous mit en contact avec le Pr Siegfried Wagner de la PTB de Brunswick. Il favorisa nos relations avec lui et nous apporta le soutien essentiel de la CCE pendant de très nombreuses années.

 

Le Pr Siegfried Wagner, diplômé de physique de l’université « Philipps Universitat Marburg», obtint le doctorat en 1954 et entra comme physicien à la PTB ou il gravit tous les échelons et fut nommé en 1976 chef de la Division de Physique atomique. Il a été un expert national auprès de la commission allemande de radioprotection et de l’organisation allemande de normalisation et un expert international auprès des instances internationales les plus prestigieuses : l’Euratom, l’Eurados, l’ICRU, l’ISO, l’AIEA, l’ICRM et la BCMN.

C’est avec lui que débutèrent les contacts fructueux qui allaient faire de nos deux instituts des partenaires à part entière.

Au départ à la retraite de Monsieur Seguin et du Pr Wagner, on pouvait craindre que la flamme qu’ils avaient allumée ne palisse. Il n’en fut rien. Le professeur Günther Dietze prit le relais. Diplômé de Physique de l’Université de Hambourg en 1963 et ayant obtenu le doctorat en 1968, Il entra à la PTB de Brunswick en 1971, où termina sa carrière comme chef de la Division des Rayonnements ionisants en 2001. Il a été un expert national auprès de la commission allemande de radioprotection dont il a notamment assumé la présidence. Il a été un expert international auprès de Euratom, de la CIUR, de la CIPR . Nous avons créé ensemble, sous l’égide de l’Europe, l’Eurados dont il a assumé la présidence. Sous sa direction à la PTB, le professeur Dietze s’appliqua à développer encore davantage notre collaboration et les deux instituts signèrent un contrat de collaboration qui, je pense pouvoir le dire, a fait de nos laboratoires, en la matière, les locomotives de l’Europe

 

Parallèlement à cette action, une autre collaboration se développa avec l’institut de Berlin sur des techniques particulières de mesure, d’abord avec le professeur Dietrich Hahn puis avec le professeur Reinhart Ninck. Celui-ci, diplômé de Physique de l’Université libre de Berlin en 1961, obtint le doctorat en 1966. Il entra en 1971 à la PTB de Berlin, où il a termina sa carrière comme directeur en 1995. Il a été le président de l’Institut de Physique de Berlin de 1996 à 1998 et a reçu la médaille d’or « Karl-Scheel » de l’Institut en 2000.

Des études communes furent entreprises par-delà le mur de Berlin et un ingénieur de Fontenay-aux-Roses se rendit fréquemment à Berlin pour y participer. Un deuxième pôle d’activité fut ainsi ouvert. C’est ainsi que, pendant une trentaine d’années, les actions concertées se sont multipliées avec les deux instituts, que bien des études ont été coordonnées et qu’une franche amitié est née au sein des membres des laboratoires concernés, aussi bien en France qu’en Allemagne.

 

Nos chercheurs ont ainsi vécu ensemble une grande aventure dans la recherche des méthodes et des moyens de mesure des rayonnements qui ont eu des retombées aussi bien dans le domaine de l’énergie nucléaire que dans celui de la physique médicale. Nous ne pouvons que souhaiter que nos successeurs connaissent les mêmes succès et la même exaltation dans l’entretien d’une amitié qui nous a si longtemps unis.

C’est pour ces raisons, madame la Présidente et monsieur le Secrétaire perpétuel, que je vous demande de les honorer tous quatre en leur attribuant « l’Honoris Causa » de notre académie.

 

 

Réponse préparée par M. Heinz Seguin et lue par le Pr S. Wagner

 

 

Monsieur le président de séance, madame la Présidente et monsieur le Secrétaire perpétuel de l’Académie, mesdames et messieurs les académiciens, mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Si vous me le permettez, je vais parler au nom de tous mes collègues.

Quand monsieur Portal m’a contacté pour savoir si mes collègues et moi-même accepterions d’être reçus à l’académie des Arts, Lettres et Sciences de Languedoc comme membres Honoris Causa, nous avons tous été agréablement surpris. Non seulement cette invitation nous honorait mais elle nous rappelait une étroite collaboration qui nous a réunis pendant des dizaines d’années.

 

 

 

Madame Simone Tauziède, présidente de l’Académie, remet aux professeurs

Siegfried Wagner et Günther Dietze les médailles et diplômes de l’Honoris Causa.

 

 

En effet, la guerre étant finie, le monde voulait revenir à des relations normales et l’Europe voulait se reconstruire.

Fort heureusement, des hommes politiques parmi lesquels je citerai Jean Monnet et plus tard, mais avec encore plus de vigueur, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, ont compris que pour éviter de nouvelles difficultés il fallait resserrer les liens entre les peuples. C’est la France qui en a pris l’initiative et c’est avec un certain enthousiasme que nous lui avons emboîté le pas. Pour moi, c’était une chance inouïe car, ancien prisonnier de guerre en France, j’avais apprécié ceux qui m’y avaient accueillis et je m’étais lié d’amitié avec eux.

Mes collègues et moi-même, engagés dans des études sur le nucléaire, nous nous sommes consacrés aux études sur les techniques de radioprotection et plus spécialement celles concernant la dosimétrie des rayonnements. Nos débuts ont été assez timides ; nous étions peu nombreux, douze interprètes suffisaient car il n’y avait que quatre langues dans la communauté et beaucoup d’entre nous étaient bilingues.

C’est dans ce contexte que nos relations avec monsieur Portal se sont développées dans un esprit remarquable d’efficacité et d’amitié réciproque. Ce fut une grande réussite de la collaboration germano-française. J’espère que, placés dans un contexte bien plus difficile car la Commission s’est énormément développée et compte désormais 506 interprètes avec des programmes plus complexes, nos successeurs connaîtront encore la solidité des liens que nous avons tissés pendant près de trente ans.

Mesdames, messieurs, je vous remercie de votre attention.

 


Cocktail et dîner

 

Après la cérémonie, quelque quatre-vingts personnes se sont trouvées réunies au salon Napoléon pour une flûte de champagne et un dîner a clôturé les festivités. Le lauréat du prix Pasteur, Michel Terrissol (photo), sous l’influence du Pr Isabelle Berry, semble avoir fort apprécié l’ambiance !